Vous êtes salarié et c’est une case que vous avez cochée avec soin dans votre calendrier : l’entretien annuel. À cette occasion, vous pouvez renégocier votre salaire et prendre connaissance de l’intéressement qui sera versé au salarié si votre entreprise a mis en place ce dispositif.
Deux possibilités s’offrent alors à vous : encaisser le montant immédiatement ou le placer dans le cadre d’un plan d’épargne salarial, avec souvent, un abondement de l’employeur. Sur le papier, le dispositif semble presque parfait. Mais pour un investisseur musulman soucieux d’aligner ses finances avec ses principes religieux, une question essentielle se pose : où est réllement investi cet argent ? Et c’est souvent là que le bât blesse.
Construire un patrimoine ne consiste pas seulement à faire croître un capital
– Hassan Naciri, co-fondateur & Directeur commercial

Qu’est-ce que l’épargne salariale ?
Pour en revenir aux fondamentaux, l’épargne salariale regroupe plusieurs mécanismes proposés par les entreprises :
- Participation
- Intéressement
- PEE (Plan d’Épargne Entreprise)
- PER Collectif (ancien PERCO)
Les sommes versées sont généralement investies dans des fonds financiers sélectionnés par l’entreprise ou son gestionnaire d’actifs.
L’objectif est simple : faire fructifier l’argent sur les marchés financiers.
Le problème principal : la nature des investissements
Dans la majorité des cas, les fonds proposés dans les dispositifs d’épargne salariale investissent dans :
- des banques conventionnelles,
- des assurances basées sur l’intérêt,
- des groupes fortement endettés,
- parfois des secteurs non conformes :
- alcool,
- jeux d’argent,
- divertissement illicite,
- armement controversé,
- etc.
Or, en finance islamique, certains principes sont fondamentaux :
- interdiction du riba (intérêt/usure),
- interdiction du gharar (incertitude excessive),
- exclusion des activités considérées comme illicites,
- nécessité d’un investissement adossé à une activité réelle et éthique.
Même lorsqu’un fonds est présenté comme “responsable” ou “ESG”, cela ne signifie pas qu’il soit compatible avec les critères de la finance islamique.
Le cas des fonds monétaires et obligataires
Beaucoup de supports d’épargne salariale contiennent :
- des obligations,
- des produits de taux,
- des placements monétaires rémunérés par intérêt.
Et c’est précisément ce point qui pose un problème majeur du point de vue de l’éthique musulmane.
Dans la vision islamique de la finance, l’argent ne doit pas produire de rendement garanti simplement par le temps qui passe. Le gain doit être lié à :
- un risque réel,
- une activité économique tangible,
- un partage équitable des profits et des pertes.


Une autre difficulté : le manque de transparence
La plupart des salariés :
– ne connaissent pas les actifs détenus par les fonds,
– ne savent pas comment les performances sont générées,
– n’ont pas une lecture détaillée des entreprises financées.
Résultat :
beaucoup investissent sans réellement savoir où leur argent travaille.
Et pourtant, dans une logique patrimoniale responsable, comprendre ce que l’on finance est essentiel
Existe-t-il des alternatives ?
Oui, même si elles restent encore limitées en France, et ne sont pas encore applicable aux plans d’épargne entreprise.
Certains investisseurs choisissent pour les contrats individuels :
- des comptes-titres orientés vers des actions filtrées selon les critères islamiques,
- des ETF “Shariah compliant”,
- l’investissement immobilier réel,
- des projets entrepreneuriaux à impact,
- des montages patrimoniaux plus cohérents avec leurs valeurs.
L’objectif n’est pas uniquement la performance. Il s’agit aussi de construire un patrimoine compréhensible, transparent et aligné avec ses convictions.
Conclusion
L’épargne salariale n’est pas “mauvaise” en soi.
Mais dans sa forme actuelle, la totalité des dispositifs proposés en France ne respectent pas les critères de la finance islamique.
De façon générale, avant d’investir, il est donc essentiel de :
- analyser les supports,
- comprendre les mécanismes de rendement,
- vérifier la conformité des actifs,
- et surtout réfléchir à la cohérence entre ses investissements et ses principes.
Parce qu’au final, construire un patrimoine ne consiste pas seulement à faire croître un capital. Il s’agit aussi de choisir ce que notre argent soutient réellement. La finance islamique s’inscrit justement dans cette logique : une finance où l’argent reste au service de l’économie réelle et des valeurs humaines.
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